Avions jouets argentins

1910-1980

Le développement de l’aviation en Argentine a précédé de nombreuses années l’émergence de l’industrie locale du jouet. À la fin des années 1900, la navigation aérienne en montgolfière avait d’importants précédents dans le pays, mais les vols en avion n’étaient pas encore réalisés. Malgré cela et compte tenu de l’enthousiasme populaire généré par les progrès constants de l’aviation, les grands magasins de Buenos Aires ont commencé à importer des “Machines volantes” jouets de France et d’Allemagne pour Noël.

Un record battu

Cette tendance s’accentua rapidement avec les premières présentations aériennes d’aviateurs européens dans cette région et, surtout, lorsque l’Italien Bartolomeo Cattaneo, à bord d’un monoplan Blériot XI, traversa pour la première fois le Río de la Plata, le 16 décembre 1910. Cattaneo rejoint la capitale argentine à la ville de Colonia del Sacramento, en Uruguay, parcourant 50 kilomètres au-dessus de l’eau, dépassant ainsi le record de Louis Blériot dans sa traversée de la Manche, de Calais à Douvres, en juillet 1909.

Publicités pour le magasin La Argentina de Buenos Aires…
…présentant des avions jouets importés, magazine Caras y Caretas, 1910.

Cadeau promotionnel Smart

Entre novembre et décembre 1912, ce fut au tour des aviateurs locaux, l’ingénieur argentin Jorge Newbery, puis le conscrit uruguayen-argentin Teodoro Fels. Ce dernier a décollé de Buenos Aires et a atterri à Montevideo, en Uruguay, après avoir survolé 200 kilomètres au-dessus du Río de la Plata, battant ainsi le record du monde de distance sur l’eau.
Ces prouesses ont sûrement inspiré le magasin anglo-argentin James Smart, qui, pour chaque achat, offrait à ses clients un Aéroplane Smart, produit à 25 000 exemplaires. Ce jouet n’était rien d’autre qu’une hélice volante à effet boomerang, probablement de fabrication nationale, semblable à “La Libellule-Hélicoplane” présentée par Frédéric Marchand (voir Biblio), des origines à 1945.

L’Aéroplane Smart dans une publicité pour le magasin James Smart de Buenos Aires, in Caras y Caretas, 1912.

Développement aéronautique après-guerre

Après la Première Guerre mondiale, le surplus d’avions de tous types utilisés pendant le conflit a généré la visite de « Missions aéronautiques » d’Allemagne, de France, d’Italie et du Royaume-Uni, avec des aviateurs militaires qui ont démontré les avantages de leurs avions pour une utilisation en temps de paix, le tout dans un contexte d’échanges commerciaux. Au milieu des années 1920, commencèrent des vols intercontinentaux, parmi lesquels celui des Espagnols Franco, Ruiz de Alda, Durán et Rada, qui volèrent entre l’Espagne et l’Amérique du Sud avec le Dornier Do J Wal “Plus Ultra” (1926) ; celle des Argentins Olivero et Duggan, avec le Savoia-Marchetti S.59 “Buenos Aires”, reliant New York à Buenos Aires (1926) ; et celle des Italiens Pinedo, Del Prete et Zacchetti, avec le Savoia-Marchetti SM.55 “Santa María”, qui reliait l’Italie à l’Amérique du Sud (1927).

Des avions à découper

Sans encore disposer d’établissements capables de reproduire ces hydravions sous forme de jouets, le magazine pour enfants argentin Billiken a publié dans ses pages centrales le “Santa María” et le “Buenos Aires” à découper et à assembler. A cette époque, ce magazine tirait à quelque 200 000 exemplaires, ce qui faisait de ces avions les jouets les plus populaires et les plus économiques, bien qu’éphémères. Billiken a continué à publier des avions à découper jusqu’au milieu des années 1960.

L’hydravion Savoia-Marchetti S.59 “Buenos Aires” à découper, in Billiken, 1926.
L’hydravion Savoia-Marchetti SM.55 “Santa María” à découper, in Billiken, 1927.

Hornby pour l’Argentine

Au début des années 1930, la passion des enfants pour les avions n’était satisfaite que par les différents modèles allemands de Distler, Günthermann et Tipp & Co, et les Anglais de Frog et Meccano. Compte tenu des accords commerciaux entre l’Argentine et le Royaume-Uni, la société de Frank Hornby a réalisé des versions spécifiques pour l’Argentine, en plaçant la cocarde nationale et en identifiant les avions dans les boîtes N° 0, N° 1, N° 2 et N° 2S du Meccano Airplane Constructor avec l’immatriculation LV correspondante à ce pays.

Publicité pour le magasin de jouets Burlando Hermanas de Buenos Aires présentant des avions jouets allemands, magazine Billiken 1931.

Matarazzo, l’émergence du jouet argentin

Ce n’est qu’en 1933, avec la création de C. Matarazzo y Cía à Buenos Aires, que commença la fabrication d’avions argentins en tôle lithographiée. C’était aussi l’époque des premières compagnies aériennes commerciales, comme l’Aéropostale française et sa filiale locale, Aeroposta Argentina. Des personnalités comme Antoine de Saint-Exupéry ou Jean Mermoz étaient bien connues du public local, fasciné par les exploits quotidiens de ces protagonistes de l’époque de “l’aviation héroïque”.
Suivant cette tendance, Matarazzo a lancé son modèle “90-H”, basé sur l’avion français à aile haute Laté utilisé par ces sociétés. La première version lithographique était celle d’un bombardier avec les cocardes et le soleil argentins et le profil d’un chef peau-rouge. Cette illustration s’inspire probablement du logo de l’Escadrille La Fayette, composé de pilotes volontaires américains en uniforme français, avant l’entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale.

Aéroplane 90-H Bo 36 Matarazzo, en tôle lithographiée, mécanisme d’horlogerie, L. 48,5 cm (1934).
Le chef peau-rouge inspiré du logo de l’Escadrille La Fayette.

Au début des années 1940, la lithographie est renouvelée, représentant un avion de ligne avec l’immatriculation F 34 et la “crevette” sur le fuselage, pratiquement identique au premier logo d’Air France, qui fusionna l’Aéropostale avec d’autres compagnies aériennes françaises en 1933.

Aéroplane 90-H F 34 Matarazzo, en tôle lithographiée, mécanisme d’horlogerie, L. 48,5 cm (1944).
La crevette inspirée du logo d’Air France.

La chaîne de production de Matarazzo comprenait également le modèle “62-F” à aile haute, mais plus petit que le “90-H”. Dans les années 1930, la décoration se composait d’un aigle au dessin géométrique sur l’aile et avait la configuration d’un avion de ligne. Des années plus tard, la lithographie passe de la sobriété originale à une lithographie multicolore rappelant les jouets japonais, en plus de l’ajout de l’immatriculation E-43. Finalement, dans les années 1950, apparaît une version limitée, très colorée et avec des cocardes françaises sur l’aile.

Aéroplane 62-F Matarazzo, en tôle lithographiée, mécanisme d’horlogerie, L. 25 cm (1934).
Aéroplane 62-F E-43 Matarazzo, en tôle lithographiée, L. 25 cm (1944).

Cette première série d’avions a été complétée par le modèle “12-B”, une version réduite du “62-F”, en trois couleurs différentes, jaune, gris et rouge, avec la cocarde argentine et l’immatriculation de l’armée du pays E-A 28. Dans la version jaune, seules les encres jaune et rouge étaient utilisées et les cocardes étaient “transformées” en espagnoles.

Aéroplane 12-B E-A 28 Matarazzo, en tôle lithographiée, L. 12 cm (1938).
Aéroplane 12-B E-A 28 Matarazzo, en tôle lithographiée, L. 12 cm (1938).
Aéroplane 10-A Matarazzo (penny toy), en tôle émaillée avec décalcomanies et roues en carton, L. 7 cm (1936).

De leur côté, Manuel Hojman e Hijos a présenté un avion à aile basse immatriculé I-B-2, en différentes couleurs inspiré d’un avion de ligne espagnol signé Payá.

Aéroplane I-B-2 Hojman, en tôle lithographiée, L. 19,5 cm (1938).

Les avions en bois et les maquettes

Tout au long des années 1940, les nouveautés concernent principalement les jouets en bois, avec les avions à construire d’El Pibe et Hurlingham.

Aéroplane à assembler Hurlingham, en bois, L. 25 cm (1942).

Diego M. Lascano