Le Transsaharien Jouef

Le mirage Alger-Tombouctou

Georges Huard, industriel à l’origine spécialisé dans les articles de bimbeloterie, fonde “Le Jouet Français” et oriente ses activités vers la fabrication exhaustive de jouets à partir de 1944. Si le siège social de la société, bureaux et ateliers, se situe rue des Archives à Paris, une large part de la production s’effectue autour de Champagnole dans le Jura par une main d’œuvre qualifiée travaillant à domicile et meilleure marché qu’à Paris.
Tout d’abord commercialisés sous la marque JF (Jouet français), les premiers jouets en celluloïd et en tôle emboutie gardent les mêmes circuits de distribution que la production historique. Proposer des jouets de bazar à faible coût, des autos avec et sans moteur mécanique, des bateaux, des avions, des sujets en celluloïd, afin de satisfaire la demande massive de toute une nouvelle génération, telle est tracée à gros traits l’ambition de JF. En 1949, la raison sociale change et JF devient Jouef.

Le petit chef de gare Jouef imaginé par René Letourneur.

Mais Jouef connaîtra son épanouissement industriel et son essor commercial grâce aux trains mécaniques puis électriques qui feront de l’entreprise l’un des fleurons de l’industrie du jouet français.

Un autorail mythique

L’autorail Alger-Tombouctou est bien dans la lignée des autres jouets jusqu’alors édités par la marque avec sa facture naïve et ses couleurs vives. Même si rétrospectivement ce modèle s’avère celui qui ouvrit la voie à l’écartement 00 en 1949.

Attrayante illustration encollée à l’intérieur du coffret.

Ce premier coffret composé par Jouef pour Noël 1949 comprend un autorail mécanique “Alger-Tombouctou” de 22 cm de long et huit rails courbes sur ballast rouge en tôle lithographiée. La propulsion de l’autorail, tout d’abord doté d’un moteur à élastique peu fiable, sera améliorée ensuite par l’apport d’un mécanisme à ressort et à clé, d’un levier de commande et d’un système d’inversion de la marche. Ce modèle dans son attrayant coffret décoré restera au catalogue jusqu’en 1956.

Une belle lithographie pour l’autorail de 22 cm de long.

L’histoire du train fantôme

La construction d’une ligne de chemin de fer transsaharienne fut un projet pharaonique nourrit par l’Empire français depuis 1879 et pendant 70 ans. Relier l’Algérie au Soudan (actuel Mali) devait offrir un débouché sur la Méditerranée à l’Afrique occidentale française (AOF) et renforcer le prestige impérial. Les deux missions de reconnaissance du tracé emmenées par le colonel Flatters en 1880 et 1881 se heurtèrent à des difficultés et des oppositions de tous ordres et se soldèrent par de funestes échecs. En 1923, l’Office du Transsaharien conduira une nouvelle mission. Soutenue par l’état-major, elle sera décriée par une partie de l’opinion publique préférant l’automobile. Après l’armistice, le projet de la ligne refait surface et l’ordre de sa construction est signé par Philippe Pétain en 1941. La mise en œuvre est confiée à la Compagnie des chemins de fer Mer-Niger. Un premier tronçon de Bou Arfa à Colomb-Béchar est inauguré en 1942. Au final, sur les 2000 km prévus, 98 km de rails seulement seront posées à travers le Sahara au prix de pénibles efforts humains et des coûts financiers colossaux. La désastreuse aventure coloniale du Transsaharien trouve son épilogue en 1949. Année de sortie du coffret Jouef…

La ligne du Hoggar pour une traversée routière du désert, fut inaugurée en 1934.

Estimation : Ce coffret est assez rare et se négocie autour de 250 €.

Martine Hermann

Biblio

“Jouef”, par Daniel Bonnet, Patrick Broguière, Thierry Delcourt et Christian Fausser, Editions Du May, Paris 2006.