Petitcollin

“L’Invincible” baigneur

Il est généralement admis que c’est en 1912 que Nicolas et Gustave Petitcollin, fondateurs, en 1901, de la société éponyme spécialisée dans la tabletterie et les peignes en écaille et en ivoire, créent un atelier de poupées à Étain (55). Le celluloïd, lavable et solide, sera utilisé comme matériau de base pour la réalisation de personnages moulés, de jouets divers et de poupées. Les baigneurs vont devenir le produit phare de la marque appelée à un considérable essor. Il faut dire que le baigneur en cellulo marque une nouvelle ère dans l’univers des poupées. Aux bébés lourds et fragiles, aux coûts prohibitifs, succédaient des modèles réalistes et abordables avec lesquels il était permis de jouer et de manipuler à loisir. Si la Société industrielle de celluloïd (SIC) fait figure de pionnière dans la commercialisation des baigneurs dès 1904, Petitcollin se hissera rapidement dans les tout premiers rangs de l’industrie française du jouet jusqu’à l’avènement du polyéthylène et du PVC.

Premier baigneur Petitcollin de 1912, H. 60 cm.

Un bébé de caractère

Le premier baigneur Petitcollin est l’œuvre de F. Coffin, le sculpteur de l’entreprise, qui lui donne une tête caractérisée avec des cheveux gravés. Ses jambes de nourrisson sont raides ou torses sur un corps large identique dans les deux cas. Ce bébé caractère de 60 cm, qui reflète l’image du nouveau-né du début du 20e siècle, sera décliné en plusieurs tailles. Notons que ce modèle était vendu nu, fait exceptionnel à une époque où les poupées et bébés portaient pudiquement une chemise de présentation. Ce premier baigneur ne fut fabriqué que durant une courte durée, l’usine Petitcollin ayant été complètement détruite pendant la Première Guerre mondiale.

Avec un Aigle sur le dos

En 1924, un nouveau modèle, plus moderne, aux jambes torses, apparaît. Il sera légèrement modifié en 1929. Mais, parmi les nombreux bébés créés par Petitcollin, le plus célèbre reste sans conteste l’iconique Petit Colin lancé en 1926. Le celluloïd fut employé par la firme d’Étain jusqu’en 1958 pour être remplacé ensuite par le PVC blanc ou noir. Le Petit Colin porte sur son dos et sa nuque un aigle moulé en relief, image caractéristique de la marque.

“L’Invincible”, bébé souriant de 1938, H. 45 cm.
L’Aigle distinctif Petitcollin.

La longévité de Petitcollin

Grâce au succès de ses baigneurs, la maison Petitcollin se positionnera dans les tout premiers rangs de l’industrie française du jouet jusqu’à l’avènement des plastiques modernes. Face à une concurrence redoutable, l’entreprise déposa alors plusieurs fois le bilan et faillit disparaître. Jusqu’à la main tendue par Vilac dont les Jouets Petitcollin sont désormais une filiale depuis 1995. Le Petit Colin, jouet d’enfance de plusieurs générations de fillettes, fut ainsi sauvé in extremis. Sa production perdure toujours à Étain, dans la dernière fabrique française de poupées encore en activité.

Estimation : Avec le temps, le celluloïd est une matière qui a tendance à sécher et à devenir cassante, à se décolorer ou à brunir. Les premiers baigneurs de la marque et certains modèles sont rares et particulièrement recherchés. Compter 100 à 150 € pour un baigneur de série, selon l’état.

Biblio

“Petitcollin, histoire d’une fabrique de poupées et de jouets depuis 1860”, par Élisabeth Chauveau et Yvan Lacroix, Éditions du Dauphin, 2006.

Martine Hermann

En souvenir d’Élisabeth Chauveau.