Les 80 ans des belles perpignanaises

Depuis 1946, l’entreprise Bella fabriquait des poupées, des poupons et des panoplies d’habillage d’une grande diversité. Dès ses débuts, la qualité de la production fut le credo de la célèbre marque française. La recherche technique et la constante innovation alliées à l’inspiration artistique ont longtemps fait de Bella la poupée la plus prisée des petites filles européennes. Pourtant en 1984, après de nombreux problèmes liés au contexte économique, la firme cessa définitivement ses activités.

A l’origine, une histoire de famille…
Sur les traces de son père, fabricant des Bébés Capi à Perpignan, Salvi Pi se passionna pour les poupées. Avec son épouse Lucie, couturière de son état, il fonde en 1946 l’entreprise des poupées Bella dans la villa familiale. A la fin de la première année d’activité 300 poupées sont sorties de l’atelier où travaillent une dizaine de personnes. Les premiers modèles en carton rigidifié par un bain de pierre ponce sont mis en forme dans des moules de fabrication italienne par Bonomi.
Miquel Parédès et José Cotaina, les artistes
En 1948, l’entreprise décide de créer ses propres moules et s’adjoint le savoir-faire du sculpteur Miquel Parédes qui marquera de son style la physionomie des poupées Bella.

Rapidement le plastique remplaça le carton. Bella renouvelle alors sa production et commercialise dès le début des années 1950 ses premières poupées produites par l’injection et le soufflage du rhodoïd.




En 1955 arrive le plastisol (ou PVC), un plastique souple comme le caoutchouc, qui restera le matériau de base de la poupée moderne. En ce milieu de la décennie, des modèles de transition pourront avoir une tête en vinyle sur un corps en rhodoïd, avec des membres en PVC. Aux perruques collées des premiers modèles font suite les cheveux implantés en fils de nylon que les fillettes pourront laver et coiffer.





L’essor et le succès
Stimulée par la révolution du plastique et la demande croissante, l’usine Bella s’agrandit et se dote de toutes les machines nécessaires au soufflage, à l’injection, au moulage par cuisson ou expansion de la nouvelle matière. Dix ans après ses débuts, Bella réalise une production de 2 800 poupées par jour et remporte de vifs succès dès 1957 avec ses Petites filles modèles de 30 cm.



Les poupées folkloriques
Les poupées régionales folkloriques en polyéthylène sont commercialisées à partir de 1956. Les visages sont fins, les yeux peints, les cheveux moulés. Les corps de femme sont articulés. Les habillages sont soignés et représentent les costumes traditionnels de 24 provinces françaises. Leur taille est de 17, 20 ou 24 cm.




En 1957, la firme engage un second sculpteur, M. Cotaina qui donnera leur visage notamment à Cathie en 1967, à Leslie et Betsie, à Héléna, ou encore à Microbe… En 1971, un troisième sculpteur, M. Delatorre, est employé, tandis que MM. Parédes et Cotaina quittent l’entreprise en 1972.





En 1967, Bella commercialise Microbe, une poupée miniature en vinyle, aux cheveux implantés, de 16 cm de hauteur. Elle est dotée d’une abondante garde-robe.



Défilé des top modèles
L’âge d’or perdurera jusqu’en 1969 pour Bella qui devient le premier fabricant et exportateur européen de poupées. 10 % de la production part même aux États-Unis qui viennent pourtant d’inventer Barbie. Pour la concurrencer, Bella rachète la licence de Tressy, une poupée mannequin de 31 cm, créée aux USA par American Character Dolls (AC) en 1963. L’accent est mis sur le côté haute couture des panoplies réalisées par les quelque 150 couturières à domicile que l’entreprise emploie dans le département des Pyrénées-Orientales.




D’autres poupées mannequins suivront, des plus petites comme Snouky (25 cm) aux plus grandes telles Leslie (60 cm) ou Betsie (55 cm). Cathie, la grande sœur de Tressy, mesure 48 cm. A partir de 1972, son copain Jerry ne la quittera plus.






Le déclin
Lors de son départ à la retraite en 1969, M. Pi cède son entreprise florissante à Bolhen, une société allemande disposant d’une filiale poupées à Mannheim. Mais les problèmes de gouvernance s’accumulent auxquels vient s’ajouter le choc pétrolier de 1973. Malgré le contexte défavorable, Bella innove avec de nouveaux modèles, un poupon Bertou en polyuréthanne de 60 cm, des poupées marcheuses, des bébés pleureurs et des peluches mécaniques. Près de 10 000 poupées et 2 000 panoplies par an pour Tressy et Cathie sont alors produites.


La fin
Au début des années 80, poupées en chiffon, poupées parlantes, têtes à coiffer, gros poupons souples, bébés électroniques, poupées d’un mètre et poupées savantes entrent au catalogue. Mais malgré les aides publiques, l’industriel français du jouet d’Oyonnax, M. Berchet, qui a repris l’entreprise en 1982, ne redressera pas la situation. Les conflits sociaux se durcissent et Bella dépose son bilan en 1984.


Biblio

Le grand livre des poupées Bella 1946-1984, par Anne-Marie Porot, Editions CRPJ, 2001.
Martine Hermann
(© Texte et photos)
