Voyages plein gaz

Les déplacements erratiques des ballons libres soumis aux caprices du vent ont très tôt conduit à essayer de les diriger. Ainsi sont né les ballons dirigeables rigides, immortalisés par un certain comte allemand Ferdinand von Zeppelin, ou souples que les Anglo-Saxons appellent aussi “Blimp”. Le premier ballon dirigeable est conçu en 1852 par l’ingénieur français,Henri Giffard qui équipe son ballon d’un moteur et d’un hélice. Il vole ainsi de Paris à Saint-Quentin-en-Yvelines. Un grand pas de petite distance. Cette date marque l’apparition des dirigeables en fer blanc sur le marché du jouet.

Des jouets du plus simple au plus élaboré

Le Lépine, ballon quelque peu simpliste, fabrication française par LM (Louis Maugin).

Le Dirigeable, plus élaboré que Le Lépine, imaginé par AWGL (Alphonse Wogue et G. Levy) se déplace par gravité le long d’un fil de fer qui le mène à faire s’élancer une voiture qui, au bout de sa course, éjecte une boule tombant dans le billard japonais. Jouet de la fin du XIXe siècle, avant que la société AWGL ne devienne Jeux et jouets français (JJF).

Jeu Le Dirigeable par AWGL.

Manèges et carrousels

Les manèges et carrousels connurent une grande vogue à partir de la fin XIXe siècle en mettant en scène des ballons libres, des dirigeables et des avions, parfois mélangés.
Ainsi, le Lyonnais JML proposa t-il un manège à trois dirigeables en 1935. Un carrousel à entraînement manuel que l’on peut attribuer à l’Allemand Johann Philipp Meier grâce aux grandes hélices latérales bleues et à la bande rouge encerclant les dirigeables.

A gauche, manège JML, H. 40 cm (malheureusement montés à l’envers) et carrousel allemand par Johann Philipp Meier.

Dirigeables et Zeppelins

Conçu par l’ingénieur M. Juliot, le dirigeable Le République se distingue en 1908 par sa grande maniabilité et ses performances. Il se voit reproduit, pas très fidèlement, en jouet tournoyant et en jeu aérien dit de Ballon dirigeable. Sans doute le premier engin volant ayant participé au défilé du 14 juillet 1909, Le République eut pourtant une triste fin la même année quand une pale d’hélice se détacha et déchira l’enveloppe causant sa chute et la mort de ses quatre occupants, tous militaires. Dans l’émotion, une souscription publique de a la flotte aérienne française réunira 300 000 francs (près de 120 millions d’euros).

Le République, jouet mécanique en tôle peinte, L. 30 cm.
Jeu aérien de ballon dirigeable « Le République« .

Si le développement des dirigeables est l’œuvre d’ingénieurs français et allemands, ce sont les Zeppelins britanniques et américains, qui remporteront la palme de la popularité, sans doute à cause des bombardements de Londres pendant la guerre 14-18, puis des traversées transatlantiques de l’entre-deux-guerres. En conséquence, à partir de 1920, les dirigeables jouets produits sont presque exclusivement des Zeppelins ou assimilés.

Zeppelin allemand par Orobr (Orowerk Brandenburg),dans le nez une clé permanente de remontage du moteur à ressort entraînant l’hélice arrière. Suspendu à un fil, l’engin décrivait des cercles, vers 1920, L. 16,5 cm.
L’Allemand Lehmann a produit plusieurs dirigeables jouets, dont cet EPL-I, puis EPL-II, Shenandoah et Los Angeles, L. 19 cm.
Jouet de parquet, le dirigeable américain Buffalo Toys se distingue par sa taille et la présence de 4 avions accrochés à ses flancs, idée initiée en Grande-Bretagne durant la Première Guerre et reprise par l’US Navy au début des années 1930. Aucune hélice sur ce jouet dont le moteur à ressort entraîne les grandes roues rouges, L. 61 cm.
L’aluminium a aussi été utilisé à la place du fer blanc, en particulier par l’Américain Ferdinand Strauss Co. qui a proposé vers 1925 des Zeppelins aux noms de grandes villes des États-Unis. L’une des éditions met en scène un aéroport flottant placé au milieu de l’océan Atlantique, une Idée en vogue dans les années 20 pour suppléer au rayon d’action limité des aéronefs, L. 27 cm.
Même les Japonais, pourtant peu impactés par la mode du dirigeable, ont produit quelques jouets en son honneur, ici le Air Ship en alu avec moteur à ressort et clé permanente de Kohno Kakuzo.
Dirigeable à assembler de GS Models Co., dirigeables en fer blanc EPL II (incomplet) Lehmann, Trans-Atlantic Marx Toys, New-York Strauss, et Monarch of the Skies Louis Marx & Co.

Le triste destin du dirigeable

Cependant, à la même période, plusieurs vols de dirigeables se terminent en catastrophes : R38 britannique en 1921, Roma américain en 1922 , R101 britannique en 1930, USS Akron en 1933 et bien sûr Hindenburg en 1937. Le Zeppelin français Dixmude (LZ 114 en réparations de guerre 14-18) explose en plein vol en 1923. Les petits dirigeables utilisés par la Marine nationale jusqu’en 1937 pour des missions de patrouilles anti-sous-marines n’ont pas attirés l’attention du public contrairement aux avions multipliant les records et les lignes de transport aérien. Cela explique sans doute l’absence de dirigeables jouets proposés par les fabricants français dès 1910.

Jeu de plateau édité par Saussine vers 1907.

Bernard Gloux
Collectionneur