Coupe-vent Jep

Couverture du livre de Winnie Oehrlein (© WO).

L’histoire de jouet qui va suivre est de celles qui emballent l’imagination des collectionneurs lorsqu’un objet insolite ou inconnu se révèle à leurs yeux pourtant bien exercés après des années d’observation et de passion. Telle est la magie de la collection qui expose même les plus avertis à de fameuses découvertes. Mais disons aussi qu’il faut être très averti pour les mettre au jour. Comme Winnie Oehrlein, collectionneur allemand de jouets depuis 45 ans, qui nous livre ici généreusement et en exclusivité le fruit d’années de recherches historiques sur un petit train JEP qui finira par révéler tous ses mystères… Voici le texte qu’il nous adresse en guise d’introduction à son livre que vous pourrez télécharger gracieusement (Voir infra).
Martine Hermann

« Tout commence au cœur des années 1950. Mon père, né en 1923, s’en va à Paris le temps d’un voyage en autocar avec sa chorale d’hommes. Entre deux refrains et l’ivresse de la capitale, les pas de ces joyeux compagnons les mènent devant l’un de ces étals de trottoir si typiques de l’époque, où des marchands ambulants proposaient les toutes dernières nouveautés de l’industrie. C’est là, sur l’une de ces tables de rue, que le destin bascule : mon père pose les yeux sur le coupe-vent.

Camelot sur le boulevard.

Un souvenir de Paris

L’objet brille d’un éclat irréel. Au vu de l’état absolument impeccable et étincelant de la machine, mon père est alors fermement persuadé de faire face à un produit révolutionnaire et flambant neuf, tout juste sorti d’usine. Il ne cherche aucunement une bonne affaire, mais souhaite simplement rapporter à ses enfants un magnifique souvenir de Paris.

Subjugué par la pureté de ses lignes, il ne peut plus s’en détacher et l’achète sur-le-champ. Le colporteur parisien, sans doute ravi de voir l’émerveillement de ce père de famille, décide alors d’un geste généreux pour accompagner ce souvenir : il lui offre en prime la locomotive rouge (qui avait déjà un peu servi) ainsi que la voiture 64.

Locomotive 1007 (© W. Oehrlein)

Mon père rentre en Allemagne le cœur léger, avec la certitude absolue d’avoir rapporté le clou de la modernité mécanique de première main, tant l’état de la machine est d’une fraîcheur éblouissante – une perfection qui demeure intacte aujourd’hui. Mais quelques heures plus tard, le rêve se brise. Mon père tourne la clé, tente de remonter le mécanisme d’horlogerie… et la déception est immense, gravée à jamais dans ses souvenirs : la locomotive refuse obstinément de s’élancer. Le mécanisme semble mort.
Ce que mon père ignorait alors, et ce que nous ne comprenons que des décennies plus tard, c’est qu’il ne s’agissait pas d’une panne. C’était le cœur même du prototype qui refusait de battre comme une vulgaire machine de série !
Dépité par ce caprice technique qu’il pensait être un défaut de fabrication, mon père rangea les deux coffrets tout au fond d’une armoire obscure.

Le cadeau paternel se double d’un conte de fée

C’est là que le miracle s’est produit. Loin de la lumière, loin des mains destructrices des enfants, protégés du monde extérieur, ces trains ont entamé un sommeil de Belle au Bois dormant qui aura duré près de 70 ans. Ils y sont restés religieusement préservés, figés dans le temps, jusqu’à ce que j’en hérite il y a quelques années.

C’est cette magnifique et douloureuse déception paternelle des années 1950 qui a sauvé ces pièces uniques de l’usure du temps, pour nous permettre aujourd’hui, ensemble, d’en écrire le dernier chapitre. »

Winnie Oehrlein
Collectionneur

➡️ Vous pouvez télécharger le livre “Deux rêves sur rail” (32 pages traduites en français) que l’auteur consacre à la découverte et à l’histoire de ses deux trains JEP ici.